JP Beux

« SOYONS CLASSES » UNE FICTION RÉALISTE

Une fiction réaliste.

Il est acquis que dans des pays différents les productivités ne sont pas les mêmes et y compris dans une même entité économique cohabitent des compétences de niveaux différents et bien sûr à l’intérieur de chaque structure de production. Les productivités partielles finissent par se muer de manière bien réelle en marchandises et services mais dans une telle complexité que la subjectivité peut prendre l’allant sur le réel pour l’évaluation de la contribution de chacun, à la faveur de codes de rapports sociaux et de rapports de forces.

Une expérience de pensée peut aider à décrypter cette complexité.

Imaginons une organisation de la production où le travail est assuré non par des salariés de l’entreprise mais par des prestataires de travail qui facturent leurs services un peu à la manière de sociétés de travail intérimaire.

Ces prestataires sont spécialisés par tranche de productivité, donc à la mise en place de ce système, les tranches de productivité correspondent aux tranches de rémunérations brutes. Parce que le revenu est jusqu’à ce point, l’image de la productivité individuelle c’est à dire l’image de la contribution de chacun à la productivité moyenne.

Ainsi dans une unité de production y compris l’encadrement devient l’objet d’une sous traitance.

De l’entreprise initiale il ne subsiste qu’un chapeau comptable et observationnel mais tous les intervenants sont engagés par les prestataires, par tranches de productivité.

Les niveaux de productivité retenus pour l’éclatement sont assimilés aux rémunérations brutes totales dont on admettra pour le moment qu’elles sont uniformément proportionnelles à la productivité des bénéficiaires. Il est donc admis, par exemple, que la productivité d’un cadre commercial est cinq fois supérieure à celle d’un travailleur posté si leurs rémunérations, cotisations comprises, sont dans le même rapport.

Le « chapeau » va procéder par appels d’offres pour pourvoir les postes de travail, auprès de sociétés prestataires spécialisées par classe de productivité. Dans un premier mouvement, les choses sont simples, il s’agira d’un transfert des contrats de travail aux sociétés prestataires avec les mêmes revenus et cotisations. Les prestataires adressant au « chapeau » des factures d’un montant équivalent.

Si maintenant dans un grand élan de libéralisme, la puissance publique décide de supprimer les redistributions directes versées aux salariés et indépendants actifs, notamment les allocations pour le logement, les aides aux HLM, la carte orange, la prime pour l’emploi, les bourses scolaires et les allocations familiales… cela peut suffire, par ce premier train de mesures, à rendre impossible l’exercice d’un emploi, le revenu devenant insuffisant pour assurer toutes les charges. Y compris celle pour se rendre au travail.

Nous appellerons redistribution première les versements directs aux familles de travailleurs de basse productivité supposée.

Les salariés de la classe la plus basse s’adressent bien sûr à leur employeur, le prestataire de basses productivités, pour expliquer qu’une fois payé le loyer nouveau (sans contribution publique aux HLM et à l’allocation logement), ils ne peuvent plus payer le transport en commun (sans carte orange) ou mettre du carburant dans leur véhicule pour aller au travail. Une impasse parce que le prestataire a un contrat, au prix de basse productivité, avec le « chapeau », le prestataire en cédant à la demande de ses salariés se placerait en situation de faillite. Puisque la réalité est telle que le revenu ne permet pas d’assurer la charge d’un travail de basse productivité sans réduire son statut social jusqu’à l’impossibilité d’assurer le travail, l’employeur suggère que les salariés maintenant appauvris, se fassent embaucher par un prestataire de classe de productivité immédiatement supérieure. Dans cette hypothèse, le prestataire de la plus basse classe de productivité déclare forfait et la tranche de productivité la plus basse disparaît. La loi du marché.

Parallèlement à la suppression des aides directes, la puissance publique a réduit les contributions par l’impôt de la classe à productivité élevée, le « chapeau » mettra à profit cette opportunité pour renégocier avec le prestataire de classe de productivité la plus élevée, une baisse du prix de sa prestation, c’est à dire la suppression de la classe supérieure, afin d’honorer le passage de la plus basse classe à la suivante afin de compenser la redistribution première. Ce faisant, les titulaires du label de la plus haute productivité ne perdent pas de pouvoir d’achat mais seulement la prétention à subvenir à l’indigence des basses classes de productivité.

Si les classes de productivité se reconnaissent dans les revenus par décile, il y aura bien sûr une gradation du phénomène. Par ce premier mouvement, il est clair que la classe de basse productivité n’était pas honorée par son salaire à hauteur de l’exigence des moyens nécessaires à l’exercice de la profession, à la valeur de sa force de travail donc, une première redistribution (redistribution première) s’avérait nécessaire et était pratiquée comme reconnaissance du fait.

On conviendra qu’une entreprise ou une branche qui comporte une forte proportion de salaires compensés par la redistribution première ne trouve pas en son sein la ressource pour compenser la suppression de la redistribution première. Cette dernière correspond alors à une subvention supprimée qu’il faut remplacer par une augmentation des prix. Inversement, s’il y a peu de salaires compensés, les prix sont probablement excessifs, des prix de monopole en général.

Et l’élan libéral peut aller plus loin encore, notamment si les services habituellement publics et gratuits deviennent payants et si toute subvention est proscrite. Les revenus versés à chaque classe de productivité doivent alors lui permettre de subvenir à ses besoins généraux et de surcroît, au paiement de nombreuses assurances supplémentaires, des écoles, des péages routiers généralisés et d’un impôt égalitaire permettant d’assurer les quelques services non individualisables. Impôt égalitaire parce que le service l’est. Se dessine alors un nouveau resserrement des classes de salaires dans le cadre de notre fiction et la révélation d’une bien réelle redistribution complémentaire par l’impôt et la cotisation non égalitaires. Redistribution complémentaire parce que le péage de la route pour se rendre au travail ou pour rejoindre le bord de mer, coûte autant quelque soit la classe de productivité, supposée, des travailleurs actifs. Tout comme soigner une maladie pour permettre le retour au travail.

Nous appellerons redistribution seconde, cette redistribution qui permet aux réputées basses classes de productivité d’accéder égalitairement aux services collectifs, comme si elles avaient la ressource par le revenu de leur propre travail, pour payer directement sur facturation où par l’impôt égalitaire.

Mais la question reste posée, la nécessaire solidarité a t-elle été ainsi confiée dans notre fiction directement à l’entreprise plutôt qu’à la collectivité redistributrice, ou les niveaux de productivité ont-ils été réévalués et reconnus ?

 

Nous avons cependant déjà un acquis important, la rémunération brute directe à laquelle s’ajoutent les redistributions quelles qu’elles soient est une reconnaissance d’une valeur minimale de la force de travail. La société reconnaît le niveau de consommation nécessaire à l’exercice d’une fonction, sans frustration excessive. Ce niveau est supérieur à l’appréciation initiale faite par le seul employeur qui a estimé lui, qu’il payait le juste prix au regard du produit obtenu.

La question posée devient alors « peut-on produire moins qu’on ne consomme au total pour produire ?».

Cette fiction permet d’appréhender la valeur réelle de la force de travail et par là d’établir une correspondance avec la productivité de chaque classe de productivité supposée.

Les comptes du prestataire de productivité réputée de basse classe peuvent être vus d’une autre manière, le niveau des salaires et des redistributions effectives étant connu, le prestataire ne verse plus de salaires à ses intervenants mais leur fournit, très raisonnablement, tout ce dont ils ont besoin pour être convenablement en état de produire. Le prestataire se fournit sur le marché, aux prix du marché, évalués donc par les « chapeaux » dans leur office de vendeurs. Il s’agit pour lui de consommations intermédiaires auxquelles il rajoute une valeur ajoutée insignifiante au titre de la mise en relation de l’intervenant et du « chapeau ».

Le prestataire ne facture donc au « chapeau » que les achats effectués auprès de quelque autre « chapeau » aux prix proposés sur le marché. L’intervenant, auparavant salarié, n’ajoute plus de valeur dans le processus de production auquel il est intégré, seules les consommations intermédiaires qui le font fonctionner sont comptabilisées comme ingrédients aux produits nouveaux, des fournitures. L’intervenant est alors esclave, cheval ou machine à vapeur ! Mais mieux loti que dans sa condition de salarié avant les redistributions, il connaît la valeur du carburant nécessaire à son fonctionnement.

 

La facturation du prestataire sera donc prise en compte comme consommation intermédiaire par le « chapeau » a minima, sans valeur ajoutée. On ne peut pas faire mieux sauf à trouver des machines qui consomment moins.

L’utilisation d’animaux en agriculture pour les labours, proche de l’esclavage, est éloquente, si le cheval consomme plus de fourrage qu’il ne contribue à produire, on abandonne le mode de production !

En rendant au travailleur sa dignité, c’est-à-dire, une créativité issue de sa force de travail, et pas seulement le transfert de ses consommations comme coûts, sa productivité sera au moins égale à sa force de travail totalisant revenus bruts et redistributions.

Ou alors faudrait-il admettre que l’esclavage ou la traction animale porte des valeurs supérieures à celles du salariat, un cheval malingre n’étant pas le bon cheval !

 

Nous venons de montrer que si le choix est fait de confier un travail à un individu avec la conscience de la totalité des frais engagés pour qu’il puisse produire, sa productivité est au moins égale au niveau où globalement, c’est-à-dire avec la redistribution première et la redistribution seconde, sa force de travail est rémunérée, et possiblement au-delà. Au-delà parce que la coïncidence serait surprenante.

L’acceptation de la consommation intermédiaire comme coût, faisant foi.

L’employeur, peut contester avoir conscience du coût réel de la force de travail dans la mesure ou d’autres contributeurs interviennent et faire valoir que s’il devait en supporter le coût total, il pourrait faire appel à plus de machines automatisées pour un moindre coût, voire abandonner le mode de production. Nous verrons cependant que l’argument est vite rattrapé par le progrès lui-même. C’est le produit du travail qui se négocie sur les marchés. C’est à dire que dès le moment où une innovation dans les procédés de fabrication s’est mise en place et surtout, s’est généralisée, nous sommes dans un état nouveau qui conduit seulement à un volume de production plus important sans modification des rapports entre classes de productivité. La modernisation n’apporte d’avantage innovationnel que très provisoirement. Dans notre modèle de supra concurrence, l’avantage est d’ailleurs instantanément dissous.

Une part croissante de l’activité économique est réalisée dans le secteur tertiaire, celui des services où par définition les gains de productivité possibles sont faibles, il faut alors faire d’emblée, avec la valeur réelle de la force de travail, sans avantage innovationnel significatif.

Si l’employeur peut éventuellement dans l’étroitesse de ses comptes, se prévaloir d’une gestion de bonne foi, la puissance publique ne peut, elle, se soustraire à la vérité des prix.

Le fait d’emploi qualifie la productivité au niveau de la valeur réelle de la force de travail au moins, redistributions première et seconde comprises.

Rappelons que redistributions première et seconde concernent exclusivement des personnes relevant de la population active employée et non les redistributions ou transferts vers d’autres catégories non employées à la production, les retraités par exemple.

Avoir résolu la question de la productivité minimale de basse classe, ne préjuge cependant pas de la hiérarchisation des autres classes de productivité sauf par l’indispensable révision de leur niveau moyen. Et il n’est pas exclu que nous découvrions que les prestataires de catégories à productivité réputée élevée surfacturent leurs prestations au-delà des productivités réelles, détenteurs du capital compris. Et qu’elles sont les principales pourvoyeuses des redistributions première et seconde avec l’aura de la charité.

Les personnes concernées perçoivent donc un revenu à hauteur de leur productivité auquel s’ajoute une ponction opérée sur la productivité réelle de classes réputées elles, à basse productivité.

Il deviendrait absolument nécessaire d’honorer les productivités réputées de basse classe. Et on n’entrevoit pas d’autre possibilité que de rechercher une ou des classes dont les productivités seraient surévaluées et de corriger leurs facturations afin de compenser les précédentes, la productivité moyenne étant établie. Les titulaires du capital ne sont bien entendu pas les seuls concernés. Pour qu’un tel système perdure, la surévaluation des productivités doit irriguer plus qu’une minorité décisionnelle.

Dans la réalité, les productivités surévaluées sont corrigées, de manière non libérale, hors le lieu de travail, notamment par le couple cotisations-impôts et les productivités sous évaluées, elles aussi corrigées par les redistributions avons-nous dit.

L’énorme redistribution par la puissance publique tient pour une part importante à la non reconnaissance des niveaux réels de productivité.

Estimer que la productivité d’une classe de productivité puisse être inférieure au prix réel de sa force de travail ne relève plus du raisonnement économique.

Mais il s’agit de corrections a minima qui rétablissent les basses productivités au niveau des valeurs des forces de travail réelles contenues, a minima. Et possiblement ces corrections sont-elles insuffisantes.

 

Introduire cette réévaluation de la valeur des gens dans le débat économique et social modifierait l’état des lieux en redonnant confiance aux déclassés qui se regardent avec peine et sont regardés avec condescendance. Déclassement porteur de frustrations voire de haines. Le déploiement de solidarités, à ce niveau, est vexatoire et infondé.

Nous venons de le montrer, cette idée est le fondement de la crise relationnelle dans la société. La redistribution de solidarité en déni de reconnaissance de valeur est un phénomène de classe.

Cependant, autant nous avons pu déterminer le seuil minimal de productivité des réputées basses classes, les écarts suivants resteront difficiles à évaluer tant la loi du marché y est peu opérante en raison d’une gravitation hors du temps économique et de l’abus de positions dominantes.

 

La valeur ajoutée nette corrigée que nous avons définie couvre tous les revenus. Un poncif oppose les salariés de quasiment tous niveaux aux seuls détenteurs de capitaux quant au partage de la dite valeur ajoutée nette corrigée. Il y a bien sûr une place à faire dans ce partage pour les indépendants, artisans, agriculteurs et professions libérales dont les revenus peuvent aussi être affectés par la sous-estimation culturelle de leur productivité. Mais au-delà, nous allons revisiter le positionnement du revenu du capital afin d’unifier la hiérarchie globale du partage de la valeur ajoutée nette corrigée.

Ce texte est un extrait, quelques termes font appel à l’ensemble. JP Beux 2019.

95ème Café Éco « SOYONS CLASSES »

95ème Café Éco

« SOYONS CLASSES »

Au Café Économique de Pont Aven

    Le jeudi 21 novembre 2019

                à 19h15

Crêperie Auberge de la Fleur dAjonc

Place de l’hôtel de ville

(à 50m du musée)

à Pont Aven                 

Les classes sociales aujourd’hui en France.

Un concept éculé ?

La notion de classe sociale a pratiquement disparu du vocabulaire on parle encore cependant de pauvreté, de classes plus ou moins moyennes et du classement mondial de quelques grandes fortunes nationales.

Tous repères perdus, durant l’été 2019 un plan gouvernemental est apparu pour venir en aide à 3 millions d’enfants pauvres en France. Des orphelins ?

Avant toute redistribution par l’impôt et la cotisation, aux retraités, aux malades ou aux chômeurs, on regardera si le travail est rémunéré à hauteur de la contribution de chacun.

Nous verrons dans quelles proportions capital et travail se partagent le revenu réel… après avoir défini ce dernier.

Notoirement, les femmes sont moins payées que les hommes, une injustice, mais des catégories de métiers ne subissent-elles pas le même sort sans indigner?

Un travail peu valorisé est partiellement corrigé par diverses allocations notamment pour le logement ou la cantine des enfants, afin de rendre possible ce travail. Au sein d’une même entreprise, les catégories supposées les plus productives, titulaires du capital compris, contribuent par leurs impôts au paiement des allocations. Pourquoi le travail mal apprécié mais indispensable n’est-il pas reconnu pour lui même sur le lieu de travail, sans devoir passer par la case vexatoire de la redistribution par l’état?

À cet égard, sans toucher à la hiérarchie des revenus, quelques prélèvements supplémentaires ou la traque de la fraude fiscale touchant le monde des affaires peuvent-ils permettre, par quelques aides supplémentaires, de refonder la relation sociale ?

Avec un clin d’œil en jaune, un débat obligé !

Présentation Jean-Pierre Beux

Vous trouverez sur le blog un texte de 5 pages, une « fiction réaliste », une sorte

d’expérience de pensée qui met en évidence le phénomène de classe aujourd’hui.

Le débat ne s’y limitera pas bien sûr.

Un deuxième texte d’une page comportant quelques définitions et quelques chiffres

sera publié sur le blog le 18 novembre 2019.

Jeudi 19 décembre 2019: « La monnaie fiscale, une soupape face à la rigidité de l’Euro » avec Dominique Plihon, « Économiste Atterré » 

94ème CaféÉco « UNE VIE EN SCOP »

94ème Café Éco

UNE VIE EN SCOP

Au Café Économique de Pont Aven

    Le jeudi 17 octobre 2019

à 19h15

– Au Moulin du Grand Poulguin –

Quai Théodore Botrel à Pont Aven                 

Avec Jean-Claude MAO

Fondateur avec 6 autres personnes en 1978, à 22ans, d’une Société Coopérative Ouvrière de Production, Jean-Claude Mao y a passé 38 années dont 36 au conseil d’administration.

L’idée est partie d’une personne qui était en formation dans une SCOP et qui s’est lancée à la recherche de professionnels susceptibles de partager son initiative.

Chacun a dû trouver un financement personnel pour constituer le capital, il n’y avait ni matériel ni client.

« La vie en SCOP dépend de ses statuts propres et de l’implication des membres, il y a une difficulté a passer de l’état d’esprit de salarié chez un patron à celui de salarié associé, sans être à son compte individuellement. »

Jean-Claude Mao nous livrera la réalité du fonctionnement de ce type d’entreprise mais déclare déjà sa satisfaction de l’avoir vécue :

« Je n’ai pour ainsi dire jamais travaillé pour un patron, pas à mon compte non plus mais salarié associé d’une Coopérative Ouvrière de Production. »

À la retraite depuis 2017, son entreprise poursuit sa route avec 45 salariés associés.

Et si c’était à refaire ?

SCOP toujours !

Un beau débat à venir.

Jeudi 21 novembre : « Où en sont les classes sociales aujourd’hui » avec Jean-Pierre Beux, animateur depuis la fondation il y a 10 ans.

Jeudi 19 décembre : « La monnaie fiscale, une soupape face à la rigidité de l’Euro » avec Dominique Plihon, « Économiste Atterré » 

93ème Café Éco « LES MÉTIERS EN TENSION »

 Bonsoir,

Le Café  Éco fait sa rentrée…

93ème Café Éco

LES MÉTIERS EN TENSION

Au Café Économique de Pont Aven

    Le jeudi 19 septembre 2019

à 19h15

– Au Moulin du Grand Poulguin –

Quai Théodore Botrel à Pont Aven                   

Les métiers qui peinent à recruter ou métiers en tension.

Lors de nos déplacements, nous voyons des affiches, des publicités, des banderoles, des encarts  sur les vitrines et les camions… « nous recrutons » !

Le café économique de Pont Aven vous propose une réflexion, soirée débat  sur ces fameux métiers en tension.

Un paradoxe dans un contexte de chômage important.

Nous définirons ensemble le terme « métiers en tension », nous déterminerons les causes, les effets et quelles solutions peuvent être établies pour y remédier .

 

 

 

Le programme de l’automne :

Jeudi 17 octobre : « Une vie en SCOP » avec Jean-Claude Mao, 40 années de carrière en coopérative ouvrière.

Jeudi 21 novembre : « Où en sont les classes sociales aujourd’hui » avec Jean-Pierre Beux, animateur depuis la fondation il y a 10 ans.

Jeudi 19 décembre : « La monnaie fiscale, une soupape face à la rigidité de l’Euro » avec Dominique Plihon, « Économiste Atterré » 

92ème Café Éco Le tourisme

92ème Café Éco

LE TOURISME

Au Café Économique de Pont Aven

    Le jeudi 20 juin 2019 à 19h15

– Au Moulin du Grand Poulguin –

Quai Théodore Botrel à Pont Aven                   

Le tourisme facilite t-il le développement des pays visités ?

Nous nous intéresserons donc surtout au tourisme issu des pays les plus développés à destination de pays qui le sont moins.

On rappellera que les ventes aux touristes étrangers sont des exportations.

De manière simple, lorsque qu’un pays visité ne semble être ni cher ni pas cher, on estime qu’il est à parité de pouvoir d’achat avec le pays d’origine du visiteur.

Pour exporter ou attirer les touristes, un pays cherche à fixer un taux de change en dessous de la parité de pouvoir d’achat et parfois de beaucoup.

Un sacrifice pour disposer de devises jugées indispensables à l’importation d’équipements par exemple.

Le pays d’accueil oriente alors une partie importante de sa population vers la fourniture de biens propres à accueillir les touristes étrangers, parfois au détriment de sa propre population.

Cette spécialisation est souvent une fragilité dans un secteur sensible à la géopolitique.

La question sera donc posée : le développement d’un pays passe t-il obligatoirement par le tourisme ?

L’interrogation pourra être étendue aux régions les moins développées d’un même pays.

Le vécu de chacun pourra être utile au débat.

Présentation par l’équipe du Café Éco.

Une autre date à retenir : le 19 décembre 2019 « la monnaie fiscale » avec Dominique Plihon membre des « Économistes Atterrés »

91ème Café Éco L’EUROPE

91ème Café Éco

L’EUROPE

Au Café Économique de Pont Aven

    Le jeudi 16 mai 2019 à 19h15

– Au Moulin du Grand Poulguin –

Quai Théodore Botrel à Pont Aven                   

De quelle doctrine économique l’Europe est-elle la fille ?

Au début, il y avait le Marché commun, qui présumait que ce que nous avions en commun était l’économie de marché : mais qu’est-ce vraiment que l’économie de marché ?

Et puis la Communauté économique européenne est devenue « Union Européenne » : est-ce à dire qu’on ne privilégie plus ce que nous avons en commun ? que l’économique a disparu du projet ? ou bien qu’il serait inutile de dire son nom ?

Le traité de Rome, acte fondateur, c’était en 1957, après d’âpres négociations sur les termes du traité et les objectifs, soit il y a plus de 60 ans, mais c’était hier.

Si l’on se reporte aux 60 années précédant 1957, l’Europe avait vécu les révolutions russes, la première guerre mondiale, la naissance du fascisme et du nazisme dopés par la crise de1929, la deuxième guerre mondiale, la guerre froide et l’émergence des « blocs », la mort de Staline…Pour les négociateurs, c’était hier et l’occasion de vastes débats…

C’est dans cette histoire que nous irons chercher les racines des principes économiques qui ont fondé l’Europe que nous connaissons aujourd’hui, tout en évoquant quelques aspects plus récents des conséquences de ces choix inscrits et répétés dans les traités successifs.

Présentation Jean David

90ème Café Économique -De l’Énergie-

90ème Café Éco

De l’énergie!

Au Café Économique de Pont Aven

    Le jeudi 18 avril 2019 à 19h15

– Au Moulin du Grand Poulguin –

Quai Théodore Botrel à Pont Aven                   

Quelles énergies pour quels besoins ?

De l’utilité de l’énergie.

Les sociétés humaines sont très dépendantes de l’énergie essentiellement pour le déplacement des personnes, l’éclairage et le chauffage des lieux de vie voire leur refroidissement, la production des marchandises et leur transport.

Produire ou collecter l’énergie.

Feu, soleil, source chaude, animal et esclave ont accompagnés les premiers développements humains.

Au fil de l’avancée des technologies, l’humain a souvent pensé avoir trouvé des solutions mais avec presque toujours des dégâts collatéraux possibles notamment le gaz carbonique, le risque et le déchet nucléaire.

La société mondiale est alertée mais les instances internationales peinent à mettre en œuvre les objectifs édictés dont on peut craindre qu’ils ne résistent pas à la découverte de nouveaux gisements ou à la croissance décomplexée et annoncée de l’aviation.

Débattre … énergiquement.

On parlera des objectifs de la transition écologique, notamment de l’amélioration de l’habitat et de la consommation des véhicules.

On parlera aussi du marché des droits à polluer.

Et peut être de l’utilité relative des distances parcourues. Un AR Paris New York en avion pour une personne c’est le chauffage pendant un an pour une famille occupant un petit appartement ou une année de transport domicile-travail.

L’objectif de libre circulation des marchandises à la recherche du meilleur prix en tous sens au travers du monde ne serait-il pas un dogme coûteux en gaz carbonique ?Paradoxalement, cette question n’est pas abordée lors des séquences internationales pourtant pathétiques.

Présentation Rosen Rayer, Chantal Guennec, Jean-Pierre Beux, puis place au débat.

89ème Café Éco La retraite des jeunes

 

89ème Café Éco

La retraite des jeunes !

Au Café Économique de Pont Aven

    Le jeudi 21 mars 2019 à 19h15

– Au Moulin du Grand Poulguin –

Quai Théodore Botrel à Pont Aven                       

La retraite, c’est pour les vieux mais ça concerne aussi les jeunes ou, plus largement, les actifs !

Entrée tardive dans le monde du travail, pavée de stages et de CDD, ces débuts difficiles peuvent conduire des jeunes à dire : « la retraite ? on paye pour les vieux mais nous, on n’en aura pas ! »

En France, le principe de base est la répartition, c’est-à-dire que les retraites de l’année sont financées par les cotisations sur la production de l’année : c’est en payant pour leurs anciens que les actifs acquièrent des droits pour leur propre retraite, reste à savoir ce qu’ils vaudront.

Il y a d’autres modes de financement possibles, notamment la capitalisation, mais aussi l’impôt. Nous porterons un petit regard sur d’autres systèmes dans d’autres pays.

Une énième réforme se prépare, qui devrait être de grande ampleur, ses détails et modalités devaient être rendus publics en ce début d’année, mais la contestation sociale de cet hiver a rendu le gouvernement prudent dans l’annonce des bouleversements qu’il souhaite…

Une chose reste sûre, le choix de la répartition est affirmé : alors les jeunes, il va falloir continuer à payer ! mais c’est aussi la solution pour que vous aussi vous ayez droit à cette retraite, sans avoir à mettre des sous de côté pour vos vieux jours !

Présentation Jean David

88ème Café Éco « Gilets Jaunes, second round… sur la piste des solutions »

« Gilets Jaunes »

« Apportez votre eau au Moulin !»

« Second round… sur la piste des solutions »

au Café Économique de Pont Aven

    le jeudi 21 février 2019 à 19h15

– au Moulin du Grand Poulguin –

Quai Théodore Botrel à Pont Aven                       

Après l’état des lieux du 17 janvier dernier, nous vous proposons de poursuivre notre réflexion par une deuxième soirée débat sur la piste des solutions autour des thèmes évoqués lors du grand débat :

La transition écologique, la justice sociale, la démocratie et l’organisation de l’état.

Vous trouverez en pièce jointe le relevé brut des interventions du 17 janvier dernier.

Comme convenu, l’ensemble des thèmes abordés avec les solutions proposées seront transmises à la préfecture dans le cadre du grand débat national.

Présentation Chantal Guennec

52ème Café : L’IMPÔT, UNE PUNITION ?

52ème Café Eco

jeudi 18 juin 2015 à 19h15

au Moulin du Grand Poulguin

Quai Botrel à Pont-Aven

 

« L’IMPÔT, UNE PUNITION ? »

 

 

Trop d’impôt tue l’impôt, ras le bol fiscal, nous ne sommes pas des pigeons, seule la moitié des français paie l’impôt, on paie pour que les autres en profite…. Que n’entend-t-on pas aujourd’hui dès que l’on parle de fiscalité.

Pourtant les taux d’imposition n’ont rarement été aussi bas tant pour les entreprises que les particuliers. Les bases de calcul de l’impôt apparaissent pourtant minées de toutes parts par les fameuses « niches fiscales » qui s’accumulent.

Où se situe la vérité, le recul de l’acceptation de l’impôt ne va-t-il pas de pair avec le recul du sentiment d’appartenir à une même communauté marquée par la montée du racisme ?

Pourquoi se soumettre à l’impôt ? A quoi sert l’impôt ? Un « impôt juste » nuit-il à la performance économique comme l’affirment certains économistes qui pensent qu’il doit se fixer à un niveau le plus bas possible. Au contraire un fort taux d’imposition reflète un niveau de civilisation élevé dans la mesure où il reflète la conscience que nous constituons un même ensemble comme l’affirmait René DUMONT.

L’existence de « paradis fiscaux » et la concurrence fiscale entre Etats, notamment dans la CCE, permettent-elles encore à un Etat de disposer de sa propre politique fiscale ? La communauté européenne ne dispose même pas de bases fiscales uniformes tant vis-à-vis des entreprises que des citoyens. Optimisation fiscale et fraude fiscale sont-elles synonymes ?

De toutes ces questions nous débattrons librement et sans tabous ainsi que de toutes celles qui seront soulevées non pas pour y apporter une réponse définitive mais pour mieux comprendre quel est le sens des choix collectifs.

Présentation : Louis Adam.

 

La conférence de Jacques Sapir sur l’euro,prévue le 12 juin 2015, est reportée en raison de son implication dans le débat européen sur cette question, il nous proposera une autre date.

 

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ANNUELLE

jeudi 11 juin 2015 à 19h15

au Moulin du Grand Poulguin

Quai Botrel à Pont-Aven

 

 

Le Café Économique s’est constitué en association le 12 juin 2014, conformément aux statuts, l’assemblée générale ordinaire se réunit une fois par an, la proposition de la date du jeudi 11 juin 2015 a été retenue.

À l’ordre du jour :

Rapports financier et d’activité. Notamment, examen du mode de fonctionnement autour d’un comité d’animation et de la présentation des sujets par les participants selon les affinités.

Projets de débats.

 

Élection d’un nouveau bureau.

L’assemblée est ouverte aux adhérents et non adhérents. Adhésion 10€.

51ème Café : Peut-on faire l’économie de la fête ?

51ème Café Eco

jeudi 21 mai 2015 à 19h15

au Moulin du Grand Poulguin

Quai Botrel

à Pont-Aven

 

« Peut-on faire l’économie de la fête ? »

 

La 50ème séance du Café Eco, ça se fête !

La fête est une activité humaine très présente dans la vie, une relation sociale indispensable aux équilibres des sociétés, la fête s’associe volontiers au bonheur.

 

La fête souffre cependant d’une connotation de légèreté au regard des activités économiques qui permettent la subsistance.

Lorsque les affaires vont mal, la fête tangue un peu mais ne disparaît pas.

Mais la fête n’est plus une frivolité dès le moment où elle génère un commerce, là ça devient sérieux. Un festival, une coupe du monde sportive, les jeux olympiques…ça n’est pas du jeu !

La société consacre des ressources importantes pour l’organisation de fêtes, chaque fête communale est encouragée par sa mairie, lorsque le sport se met en fête l’argent public est encore sollicité, les régions soutiennent les festivals…

Et bien sûr alors le transport s’active, la restauration palpite, le fêtard dépense…l’économie est en marche.

La fête, une activité dont on ne peut plus faire l’économie.

LE CAPITAL, LE BEL OBJET.

LE CAPITAL, LE BEL OBJET.

 

 

Les sociétés humaines sont marquées par de fortes différences entre les individus qui les composent, notamment en termes de propriété de l’espace naturel et économique mais aussi par l’accès au produit des activités créatrices de biens et services.

Dans l’espace économique on ne connaît pas de pouvoir partagé durable, le pouvoir y est essentiellement associé à la propriété, on n’imagine d’ailleurs pas les non possédants dictant leurs desiderata, hormis par quelques contre-pouvoirs partiels ou d’éphémères insurrections. La déclaration universelle des droits de l’homme ne pouvant alors déboucher que sur quelques régulations.

L’adversité générale, la force des évènements naturels peuvent cependant parfois tempérer les ardeurs à dominer et faire place à la communauté d’intérêts.

La domination n’est cependant concevable que face à l’acceptation de la vassalité sous la contrainte, par impuissance, par reconnaissance de la supériorité ou par croyance en un ordre établi. Par le manichéisme de la domination ou de la soumission, la psychologie humaine aurait donc des fondements qui ruinent par avance toute tentative d’universaliser les droits de chaque individu à sa part de pouvoir

Les  sociétés humaines partagent cela avec le tronc commun animal, mais malgré leurs rivalités, elles ont pu imposer leur dictats à la faune entière malgré quelques résistances, les moustiques se nourrissant encore des hommes!

Les formidables capacités intellectuelles, notamment la transmission des connaissances acquises, l’élaboration continue de concepts nouveaux ne suffisent pas à modifier les rapports entre les hommes, ces capacités mises au service du seul développement matériel, ne distingue encore pas l’humanité du monde animal quant à ses rapports internes. La psychologie de la domination semble encore indépassable et constitue l’obstacle aux coopérations à égalité de niveau, le refuge en dernier recours serait l’indépendance individuelle, en survivance. Est ce à dire que vouloir contrarier la nature est peine perdue ou que sa modification n’est encore qu’esquissée?

 

 

 

La psychologie humaine : tendances naturelles.

Chacun a pu observer les comportements de nos tout petits, défendre son bien semble inné, on ne prête son jouet qu’après négociation, subtiliser le patrimoine d’un congénère est une victoire, on arrache facilement l’objet préféré d’un petit copain. Nos petits se ressemblent bien, à ce stade, il est bien difficile de dire qui aura une tendance à la domination et qui se soumettra facilement et c’est probablement dans les actes d’éducation qu’il faut chercher la divergence des voies. Autant l’apprentissage du partage est la première tendance éducative, l’invitation à ne pas se laisser faire ne tarde pas, jusqu’aux bagarres dont les conséquences rapprochent à nouveau de la solidarité et d’un partage qui dépendra maintenant des rapports de force établis.

Les tendances naturelles ont été réfrénées par les apports philosophiques, l’édiction de règles et quelques fonctions régaliennes, pour qu’au cours de l’histoire les sociétés humaines puissent perdurer.

La coexistence du salarié et de l’employeur est issue de cette alchimie et son fonctionnement fait l’objet d’une codification sophistiquée établie au fil du temps lors de conflits ou par les apports philosophiques.

Bien sûr, l’un et l’autre sont « nés libres et égaux en dignité et en droits », mais d’évidence, au-delà de la naissance les positions se différencient, d’évidence, la propriété confère un pouvoir de décision qui n’est partagé que par la nécessité de délégation dans un cadre qui relève seulement des tâches opérationnelles.

Nous avons donc fondamentalement une position dominatrice et une position de soumission liées à la propriété, mais ces rapports ne sont pas exclusifs de la propriété la hiérarchie étant aussi l’apanage de la fonction publique… et de la famille.

La propriété conserve cependant un rôle directeur pour l’ensemble de la société, même si l’espace public échappe par la démocratie élective au pouvoir absolu.

La position de propriétaire ne touche pas que la fonction productive et son pouvoir direct, la propriété de jouissance et sa visibilité permettent aussi l’emprise sur les décisions publiques et les consciences.

La question sera donc de comprendre en se cantonnant à la production, comment la société et la nature génèrent le dominant et le dominé et comment on peut échapper à l’alternative.

 

Les hommes et l’entreprise.

Dans le monde de la grande entreprise industrielle, on peut invoquer l’héritage, l’outil de production étant alors transmis en bloc avec de surcroît la transmission d’une pratique de la direction d’entreprise et une solide formation. Les choses sont alors verrouillées, chacun reste à sa place, c’est la reproduction des classes sociales, l’accès au capital constitué étant impossible aux salariés, au moins individuellement. Ce capital, c’est la tendance, n’est accessible qu’au monde de la finance, le capital peut changer de titulaire, les salariés faisant aussi partie du transfert, sans qu’ils soient considérés comme des acteurs potentiels. L’accumulation du capital, même si elle est placée sous le titre du propriétaire, reste une œuvre commune dont chacun dans l’entreprise se sent un peu contributeur, avec le sentiment fort d’appartenance à un groupe et la frustration d’en être écarté. Les salariés s’installent alors généralement par l’organisation syndicale, dans la tentative de modification du partage des richesses, seule façon de gérer collectivement leur soumission. Le système se perpétue parce que les candidats au salariat dans ces entreprises sont légion. Il peut y avoir bien sûr quelques fuites, essentiellement à l’intérieur du système, mais pas de risque pour les grandes entreprises d’une panne sévère de recrutement en raison de décisions massives de quitter la voie du salariat. C’est pourquoi, même si les revendications des salariés paraissent toujours exagérées pour les employeurs, avec le temps nombre d’entre elles sont honorées afin de rendre acceptable la condition de salarié.

Ainsi se gère la durabilité de la relation patron salarié dans la grande industrie.

Le tissu productif est aussi largement constitué de petites et moyennes entreprises voire de toutes petites, c’est le paysage de nos zones industrielles et artisanales où les signes de l’héritage de capital ancien sont peu visibles, la plupart de ces entreprises sont tenues par leur créateur, leur premier descendant ou un repreneur non familial. Il est aussi vrai que certaines de ces entreprises ont pu accéder à l’étage supérieur, on ne naît pas grande entreprise, on le devient, les constructeurs d’automobiles ont aussi commencé par un atelier.

L’intérêt de nos zones locales est d’offrir une visibilité de laboratoire sur la psychologie des créateurs et des salariés. Chacun connaît dans ces zones, quelques patrons petits et moyens, de quoi savoir qu’ils n’appartiennent  pas une branche séparée de notre espèce, ainsi donc comment devient-on patron et pourquoi ne le devient-on pas? Les petits patrons de zone sont le plus souvent issus de la zone, ou y viennent après avoir commencé dans leur garage, ils sont comme nous indiquent les enquêtes de l’INSEE, issus du bas de l’échelle et peu formés au sens du titrage de l’éducation nationale.

La catégorie des non salariés recouvre les employeurs (y compris en ayant formellement un statut de salarié) et les indépendants sans salariés, l’ensemble représente environ 10% de la population active employée. Cette proportion diminue régulièrement sauf dans la toute dernière période avec le statut de l’auto entrepreneur et en raison de la montée du chômage, ce fut aussi le cas au cours de la crise des années 1930. Il y a donc environ une personne sur dix qui a fait le choix de l’indépendance en étant employeur, potentiellement employeur ou délibérément sans salarié.

On emploie presque indifféremment le terme d’indépendant ou celui de non salarié, les intéressés préférant le premier et  les administrations le second. En effet, être à son compte relève d’une volonté d’indépendance,  de ne pas recevoir d’ordre d’une hiérarchie et par conséquent d’en acquérir le moyen, la propriété de l’outil de production. Le terme « non salarié » semble relever d’une anomalie tant le salariat est devenu la norme, le « non salarié » exprime la survivance d’un ordre ancien, tant la tendance des 150 dernières années a été à la salarisation des artisans, des agriculteurs et autres indépendants. Le tableau ci-dessous nous indique cette évolution (attention, l’échelle en abscisse n’est pas linéaire).

 

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Perspectives sur l’histoire des professions indépendantes p.54

Source : Rapelli & Piatecki (2008). Thèse

Part des non-salariés dans la population active (%)

 

Ainsi en 1850, plus de la moitié de la population était à son compte, même s’il existait des dépendances, notamment par le métayage et la dette, 50% de la population prenait des décisions économiques y compris dans des contextes difficiles, voire de misère. Force est de constater que la réduction rapide de cette proportion est l’expression de la difficulté à exister face aux formes nouvelles de production qui apportaient par la technicité et la dimension, une productivité supérieure. Faute d’avoir trouvé les moyens individuels ou collectifs de résister, c’est la mort dans l’âme que le peuple des artisans et paysans a du se fondre en prolétariat en abandonnant ses prérogatives et cela pouvait parfois se faire dans le soulagement tant il devenait intenable de persévérer. En un siècle et demi, la proportion de la population impliquée dans la décision économique a régressé de 52 à 10% alors qu’il est communément admis que c’est durant cette période que la démocratie politique a progressé. Il ne s’agit pourtant pas de domaine étrangers, tant le pouvoir politique est constamment mobilisé à la gestion des questions économiques.

De nombreuses enquêtes indiquent, en 2013, que environ 40% des salariés souhaiteraient être à leur compte, un vœu, qui exaucé, nous ramènerait à la situation de 1850.

La revue CHALLENGES résume un sondage de Think (extraits) publié le 29-01-2013 en ligne.

« L’envie de devenir son propre patron ne faiblit pas. 3 Français sur 10 assurent vouloir se lancer dans l’aventure./

/L’enthousiasme de se mettre à son compte fait surtout son nid au sein de deux catégories d’actifs bien distinctes. Entre 18 et 34 ans, un jeune sur deux ressent l’envie de créer son entreprise. Ce haut niveau se retrouve également chez les cadres supérieurs qui seraient les plus enclins à tenter l’expérience./

/En revanche, une écrasante majorité avoue d’ailleurs n’avoir aucunement envie de courir le risque de créer une entreprise. 60% des personnes interrogées indiquent en effet qu’elles ne se lanceront « certainement pas » (40%) ou « probablement pas » (20%) dans l’aventure./

/Finalement, les seules certitudes qu’il leur reste au moment de se jeter dans l’aventure est leur désir d’indépendance (45%), d’épanouissement (39%) ou encore d’enrichissement personnel (32%) »

[Le sondage a été mené auprès de 1.000 français par l’Institut Think pour l’APCE et CERFRANCE à l’occasion du 20ème Salon des Entrepreneurs de Paris. Il est constitué d’un échantillon représentatif de la population française. L’enquête a été réalisée via un questionnaire internet en décembre 2012.]

Il y a loin de la coupe aux lèvres, d’autant que parmi ceux qui ont essayé, il y a de nombreux retours à la case départ avec des séquelles financières et morales, ces échecs irriguent la sphère des candidats à l’indépendance, notamment par les inquiétudes et pressions familiales autour du revenu et de la notoriété. L’enthousiasme de la tranche des 18/34 ans s’érode en passant aux tranches suivantes et pas essentiellement en ayant accédé à l’indépendance ni même en ayant seulement essayé, mais parce que les positionnements sur les marchés sont saturés et que l’accès au capital est jugé trop difficile et risqué en raison des garanties exigées sur le patrimoine propre. C’est aussi par lassitude que la soumission l’emporte sur l’enthousiasme.

Il ressort cependant que la possession de son outil de travail est perçue comme un sésame pour l’accès au bonheur, par l’émancipation des tutelles du capital des autres. Le choix principal est celui de l’indépendance, non de devenir à son tour employeur, il n’est donc pas un choix de domination, ce sont le plus souvent les contraintes du marché et la recherche d’économies d’échelle qui y conduisent, une fois l’entreprise lancée.

La recherche de l’indépendance, le passage à l’acte d’émancipation est d’autant plus fort que la pression hiérarchique au travail est forte et que l’incertitude pour l’emploi est élevée. Ce sont en effet les catégories les moins rémunérées qui sont les plus exposées aux brimades et à la perte d’emploi qui prennent le risque d’entreprendre, alors qu’on pourrait y attendre au moins les mieux formés, aguerris professionnellement à la gestion.

L’INSEE nous livre deux tableaux révélateurs du désintérêt des plus formés et des encadrants pour l’entreprenariat sauf ceux pour qui c’est le passage obligé notamment dans les professions libérales.

 

Catégorie socioprofessionnelle des indépendants lors de leur premier emploi
Lecture : 55,9 % des indépendants ou dirigeants exerçant dans l’agriculture ont débuté comme agriculteurs exploitants. 65,9% des indépendants ou dirigeants exerçant dans l’industrie, construction… ont débuté comme employés ou ouvriers.
Champ : indépendants et dirigeants chefs de leur propre entreprise (hors aides familiaux).
Source : enquête Formation et qualification professionnelle 2003, Insee.
Groupes de secteurs Agriculteur exploitant Artisan, commerçant ou chef d’entreprise de10 salariés ou plus Cadre Profes-sion intermé-diaire Employé Ouvrier Total
Agriculture 55,9 0,7 1,5 4,1 9,2 28,7 100,0
Industrie, construction, transport de marchandises, commerce de gros 1,2 10,5 5,5 16,9 13,6 52,3 100,0
Commerce et services de proximité 1,3 11,1 1,4 10,2 40,9 35,1 100,0
Services où exercent les professions libérales et assimilées 0,6 2,1 37,0 35,9 14,5 9,9 100,0

 

Diplôme le plus élevé obtenu par les indépendants selon le groupe de secteurs
Lecture : 55,8 % des indépendants exerçant une profession libérale ou assimilée ont un diplôme supérieur à Bac+2.
Champ : indépendants et dirigeants chefs de leur propre entreprise (hors aides familiaux).
Source : enquête Emploi en continu 2004, Insee.
Groupes de secteurs Diplôme supérieur à Bac + 2 Bac + 2 Bac ou brevet professionnel CAP, BEP ou diplôme équivalent BEPC ou aucun diplôme Total
Agriculture 1,9 8,2 18,5 38,6 32,8 100,0
Industrie, construction, transport de marchandises, commerce de gros 9,7 6,9 11,4 46,1 25,9 100,0
Commerce et services de proximité 4,7 7,4 18,8 36,4 32,7 100,0
Services où exercent les professions libérales et assimilées 55,8 24,1 8,5 5,2 6,5 100,0

 

On peut en tirer de nombreux enseignements, il est paradoxal que la formation soit constamment pointée comme vecteur d’efficacité économique, alors que la direction d’une majorité d’entreprises est assurée par les moins formés et c’est le cas y compris de nombreuses grosses PME où il n’est pas rare de rencontrer un staff d’ingénieurs salariés entourant un patron titulaire d’un simple CAP. La lecture en creux révèle donc que les catégories les plus formées privilégient l’emploi stable et rémunérateur dans les entreprises ou la fonction publique plutôt que le risque, probablement parce que le besoin d’indépendance est moins ressenti, étant partiellement acquis par une position hiérarchique.

Inversement lorsque les formations écourtées se révèlent indépassables, les personnes engagées dans la vie active qui réalisent un peu tardivement les limites à leur envie de promotion n’ont plus que une issue, se mettre à leur compte. Ceci reste cependant le comportement minoritaire, on choisit majoritairement le salariat plutôt que les risques afférents à la création d’entreprise.

On ne peut pas confondre les envies exprimées dans le sondage cité plus haut avec le passage à l’acte parce que le temps façonne la psychologie des individus, après vingt années de pratique, un entrepreneur et un salarié ne se comportent plus de la même façon, les opinions sur le comportement du groupe auquel on n’appartient pas peuvent se heurter.

 

 

La corporation des entrepreneurs employeurs est à la fois honnie et vénérée. Honnie par sentiment de jalousie et en raison de quelques uns de ses excès, mais vénérée car pourvoyeuse d’emplois. La corporation ne manque pas de faire valoir l’éminence de son rôle dans la société et exige des égards, elle exprime la charge du cens au regard du peu d’engagement des simples salariés. La corporation fait valoir une influence liée à la propriété. Mais qu’adviendrait-il des entreprises telles que nous les connaissons si l’engouement à entreprendre était général? C’est-à-dire si la volonté d’indépendance était telle que chacun souhaite posséder son outil de production. Pour exister, l’entreprise a besoin de gens qui acceptent la soumission, il ne faut donc pas trop les brocarder et au contraire veiller à ce que les choses puissent se perpétuer, sauf à imaginer ou développer des formes différentes de propriété.

 

 

Vers la psychologie nouvelle.

 

Tous les secteurs ne se prêtent pas de la même manière au lancement d’une entreprise nouvelle en raison de l’existence d’une taille critique sur leur marché et  du capital technique nécessaire par unité de travail. On ne lance pas une usine automobile en décidant de se mettre à son compte, par contre il est relativement facile de lancer une activité de service seul et pratiquement sans capital. Il n’y a donc pas de place pour toutes les envies d’indépendance des jeunes salariés de la tranche des 18/34 ans. Et compte tenu des structures acquises par les entreprises et l’élimination par disparition ou concentration quand elles se situent sous le seuil critique, le taux actuel de 10% d’indépendants ne peut pas beaucoup évoluer par la seule volonté des candidats à l’indépendance. Autant le passage de 52% d’indépendants en 1850 à 10% aujourd’hui s’est fait avec l’histoire par élimination et concentration, le mouvement inverse par éclatement de gosses structures est impossible, même si on ne peut pas exclure des pertes de rentabilité dans la dimension excessive qui poussent à réduire la voile.

Le retour à l’indépendance ne pourrait se faire que dans le cadre des tailles acquises, donc inévitablement par l’acquisition du capital par des associés impliqués dans l’exploitation, ce qui ne peut se confondre avec l’actionnariat.

On connaît les réticences des salariés à la reprise de leur entreprise, saine, lors du départ à la retraite du propriétaire exploitant, ils préfèrent bien souvent l’appel à un repreneur extérieur, plutôt que l’engagement de l’un d’entre eux, de quelques uns ou de tous. Bien sûr, les salariés ont des âges et des qualifications différents, des situations familiales variées, des capacités financières très diverses et quelques mésententes, on peut donc facilement trouver pour chacun plusieurs raisons de ne pas y aller. Trouver un détenteur unique du capital évite alors de brasser tous les problèmes, quitte à risquer de travailler avec une indépendance encore réduite. Il existe cependant dans ces entreprises à reprendre, comme ailleurs, un pourcentage de gens ayant indiqué au sondeur leur aspiration à se mettre à leur compte !

On imagine encore moins un groupe de plusieurs centaines de personnes se constituant avec apports de capitaux et de compétences pour créer une entreprise nouvelle dans un secteur ou il existe une taille critique repérée. Pour une reprise, au-delà de quelques dizaines de salariés, le repreneur est le plus souvent extérieur.

Devenir propriétaire de son outil de travail reste culturellement une affaire essentiellement individuelle quelque soit l’ambition, entreprise comportant de nombreux salariés ou affaire personnelle sans salarié. C’est le fait de l’entrepreneur mais aussi des clients et des banques qui préfèrent l’interlocuteur unique. Du côté de la loi c’est aussi problématique, le droit n’est pas en avance sur l’état de la pensée globale, la législation n’est pas suffisamment étoffée pour border l’aventure entrepreneuriale non individuelle.

Malgré quelques efforts, la situation semble bloquée, au fur et à mesure qu’une taille critique se révèle dans un secteur, la proportion d’emplois indépendants se réduit et les velléités d’inversion de la courbe de 1850 à nos jours ne tiennent qu’à la tendance à la croissance de la part des services dans l’ensemble de l’activité.

Les sources (recensement de l’INSEE) indiquent une progression de leur population de 500 000 (1989) à 750 000 (2008), soit de 46 % en 10 ans. Cette population est très diverse, mais on y distingue une partie très identifiable : les professions libérales réglementées, qui sont passées de 350 000 à 450 000 entre 1999 et 2008 : soit +29 %.

La recherche de sources de profits pour les capitaux conduira aussi à des concentrations dans ces secteurs et donc aux seuils critiques. Les tendances annoncées avec le statut d’auto entrepreneur et quelques services nouveaux n’ont probablement pas le profil de l’histoire.

 

Acquérir son indépendance, en dehors du reliquat des possibilités individuelles, requerra un saut culturel qui touchera aux notions d’emploi, de carrière et de capital, en escomptant que la psychologie humaine n’en soit pas le barrage rédhibitoire par son manichéisme entre domination et soumission.

C’est un sentiment populaire profond qui traverse toute la société, il faut un seul chef par étage de pouvoir. Les institutions adhèrent à ce sentiment y compris dans la sphère démocratique. On élit un seul président de la république, un seul maire, les institutions démocratiques sont toutes cadrées par une voix prépondérante. Le fonctionnement des administrations, dont l’armée bien entendu, est aussi calqué sur celui de l’entreprise. Les associations y échappent parfois.

Le pouvoir, une fois établi, par la démocratie élective ou par la propriété, ne se partage que par délégation opérationnelle, par nécessité absolue ou par le fait culturel. Au niveau de l’entreprise les candidats à l’indépendance ne trouvent qu’un intérêt limité à prendre des risques en capital dans la mesure où les statuts de société confient les pouvoirs absolus aux gérants en dehors des assemblées générales et c’est aussi le cas pour celles qui ont opté pour les versions coopératives. La loi a conforté l’autorité des gérances, conformément au sentiment populaire, pour permettre l’efficacité décisionnelle et n’offre pas d’exutoire, au quotidien, à la frustration d’être propriétaire et simple exécutant. L’accession aux fonctions de gérance se fait par la prééminence en capital dans les sociétés classiques ce qui confère l’inamovibilité en général et par la compétence dans les versions coopératives, ce qui peut aussi conduire au pouvoir de longue durée.

La recherche de l’indépendance par la propriété du capital, hors le reliquat d’entreprises individuelles, ne peut s’accommoder de la délégation totale aux gérances et peut-être doit-on imaginer une moindre efficacité pour y parvenir, la démocratie elle-même exige de ces sacrifices le plus souvent bien utiles avec l’expérience à long terme. En effet la décision immédiate sans recours, au nom de l’efficacité n’est pas un gage absolu de réussite.

L’entreprise, dans sa forme classique, pourrait ainsi trouver plus d’adeptes parmi ses agents opérationnels, mais c’est surtout dans la forme coopérative que les choses peuvent évoluer parce que par principe l’ensemble des agents est concerné.

De fait, dans la forme coopérative même si l’individu est le constituant de base, l’apport différencié en capital introduit une hiérarchie de fait entre les membres, en effet la constitution du capital pour les nouveaux venus se faisant par prélèvement sur la fiche de paye, ne donne pas aux intéressés la juste mesure de la possession du capital et confine les entrants dans une position d’associé de second rang.

Les règles doivent évoluer, par le développement de la décision collective, la rotation des responsabilités de direction et l’apport en capital. Le ticket d’entrée doit être défini et apporté en numéraire par un emprunt personnel au besoin, à la manière d’un entrepreneur individuel, la notion de salaire doit être remplacée par celle de part de marge qui recèle la capacité à honorer l’apport en capital. L’associé se trouve alors dans la position d’un véritable entrepreneur individuel qui exige son droit à codiriger la société. On peut alors imaginer que pour répondre au besoin de mobilité des individus, l’offre d’emploi de l’entreprise se transforme. Conventionnellement, l’entreprise recherche une qualification et offre un salaire, dans le cadre de cette évolution elle rechercherait une personne qualifiée en mesure d’apporter le ticket d’entrée. La sortie s’opèrerait aussi avec le quota de capital selon les conditions que la législation devra préciser.

On ne peut établir par avance tout le dispositif légal permettant  de codifier les possibilités d’accéder à l’indépendance hors le champ de l’entreprise individuelle, des bases existent, un premier saut doit être effectuer par la puissance publique afin de permettre des expérimentations sur la base d’un volontariat qui puisse servir de référence.

Atteindre la maturité culturelle pour de nouvelles formes d’indépendance par la propriété ne peut se faire dans l’abstraction, l’expérimentation en est le passage obligé et l’éducation le premier vecteur.

 

J.P Beux 15 sept. 2013

 

 

 

 

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L’économie doit renforcer son caractère scientifique.

  • L’économie doit renforcer son caractère scientifique.

Il y aurait-il des domaines de la réflexion humaine qui échapperaient à la cohésion, à la rigueur et à la vérification, il y aurait-il un point de bascule de la zone blanche à la zone noire ?

Il y a bien sûr des monuments qui ont acquis au fil de l’histoire le label scientifique, l’astronomie en premier et la physique en général avec l’accompagnement de l’outil mathématique.

La physique est la mise en lumière des phénomènes naturels, la mise en évidence de comportements qui se reproduisent selon des lois, mais la physique c’est aussi le dépassement de l’état naturel. Il en va de même pour la chimie, la biologie et la médecine.

A certaines époques les thèses scientifiques ont été traitées comme des opinions.

Avant les lois aujourd’hui admises, une thèse en valait une autre, de nombreux chercheurs étaient dans l’erreur et ceux que nous considérons aujourd’hui comme des génies précurseurs ont pu connaître le bûcher, les uns et les autres ont contribué à l’édification des sciences toujours inachevée. Les sciences les plus « dures » font encore appel à des conjectures, des hypothèses qui restent proches de ce que sont les opinions.

Les mathématiques sont quant à elles pour une part issues de l’observation de la nature et pour une autre part le fruit de mises en œuvres logiques qui ne connaissent a priori aucune application physique … sauf un jour peut-être comme ce fut le cas pour Einstein qui ne sachant comment modéliser son intuition mit le doigt sur le modèle absolument abstrait de Riemann, avec le bonheur que l’on sait.

Le grand siècle scientifique que fut le 19ème a vu les scientifiques et les académies se contester durement notamment autour de la nature de la lumière avec des thèses qui aujourd’hui nous paraissent  simplistes. Mais c’est la science en marche avec ses errements.

La biologie et la médecine ont eu bien du mal à s’affirmer comme sciences, tant la prégnance religieuse imposait une vision populaire toute en termes de créations divines. La théorie de l’évolution de Darwin, quatre siècles plus tôt aurait conduit son auteur au bûcher ou au renoncement.

Ainsi la dureté d’une science ne tient pas qu’à elle-même et à ses chercheurs, la force de groupes de pression peut la faire régresser, un pourcentage non négligeable d’établissements d’enseignement aux Etats-Unis n’ont-ils pas retiré la théorie de l’évolution darwiniste de leurs programmes au profit des thèses créationnistes ? La biologie redevient alors une simple discipline où une opinion en vaut bien une autre et rien n’assure que dans cinq siècles le créationnisme ne l’aura pas emporté.

Le travail humain d’observation, de théorisation, d’expérimentation, de vérification a permis des avancées considérables dans tous les domaines, les acquis doivent être défendus et le travail poursuivi.

De ce travail comment distinguer ce qui serait scientifique de ce qui ne le serait pas, la science dure de la molle, la science vraie de la simple discipline, la vérité de l’opinion.

Il faut éviter le manichéisme qui peut conduire à déclasser le darwinisme au gré de la force des groupes de pressions.

Qu’il y ait plus de certitudes en mathématiques et en physique qu’en économie ou en ethnologie est bien évident, qu’on ne puisse résoudre les crises du moment comme une équation du second degré l’est tout autant.

Les sciences établies dans leur mission d’élucidation de l’ordonnancement de l’univers, sont aussi truffées de conjectures qui par définition ne sont pas vérifiées mais seulement non contestées ou non encore contestées, tout était parfait pour la gravitation newtonienne jusqu’à la relativité générale. Leur deuxième mission tout autant scientifique, de modification des éléments naturels est plus simple par définition aussi, parce qu’il s’agit de créations.

Essentiellement, les relations d’échange de production entre humains, qui font les systèmes économiques, sont des créations humaines seulement subordonnées aux conditions naturelles, tout comme les créations scientifiques. Il n’y a donc de conjectures que parce que le fil historique complexe n’est plus visible.

Il y a donc en économie  un travail de décryptage de la réalité historique et contemporaine qui ne peut être laissé à la seule appréciation du « café du commerce », la nature de ce travail est scientifique. Que ce travail soit perturbé par les choix sociétaux des chercheurs en économie est bien évident, la conclusion souhaitée peut influencer l’analyse des résultats. Mais les recherches des astronomes l’ont aussi été par la vision des églises au moyen âge.

Au centre de la chose économique, la valeur des biens et services a fait l’objet de bien des travaux et d’autant de polémiques pourtant, sous des angles différents, Adam Smith au 18ème siècle, David Ricardo et Karl Marx au 19ème et Jean Fourastié au 20ème ont établi que les biens et services valaient, au-delà du temps court, le poids du travail nécessaire à leur production. Toutes les comptabilités nationales et toutes les entreprises en ont adopté le principe au travers de la notion de valeur ajoutée. Et pourtant nous assistons depuis la fin du 19ème siècle à toutes sortes de remises en cause et aujourd’hui les thèses subjectivistes ont pris le dessus en ne retenant que les notions de rareté et d’utilité qui ont bien sûr leur influence mais qui sont insuffisantes pour expliquer la valeur. En effet quelque soit l’abondance ou l’utilité aucune entreprise ne peut durablement vendre en dessous du coût de ses facteurs de production, travail, consommations intermédiaires et amortissement des équipements ces deux derniers éléments étant eux-mêmes le fruit du travail d’autres entreprises. C’est vérifié par la sanction de la faillite.

Précisément, les économistes walrassiens, les tenants des seules utilité marginale et rareté, en ayant mathématisé à outrance leurs modèles ont tenté dans les années trente de se faire certifier « scientifique», leur travail n’est pas dénué de raison, mais exclure le travail de la formation de la valeur les prive d’un label qui n’est cependant pas une table biblique.

Ainsi un aspect fondamentalement scientifique concernant la valeur est aujourd’hui rendu inaudible comme la théorie darwiniste pourrait le devenir si les groupes de pression en avaient aussi la force.

Pour autant tout ce qui se dit en économie ne relève pas de la science, l’idéologie a sa responsabilité mais la complexité a aussi la sienne. Et ce n’est pas parce qu’il est impossible de réellement mathématiser l’utilité que le phénomène n’existe pas, les tentatives d’approche sont donc utiles, mais les conclusions forcément éloignées de la réalité.

Cependant de nombreuses questions économiques ont été traitées de manière scientifique, on ne discute plus le tableau des entrées-sorties de Quesnay et Leontieff, la valeur ajoutée comptable même si l’utilité des biens concernés est contestable est un apport de nature scientifique, la sommation des valeurs ajoutées en produit intérieur brut l’est aussi ainsi que nombre de corrections qui lui sont apportées. Bien d’autres thèmes sont traités avec la méthodologie scientifique et il faut rendre hommage aux travaux de l’INSEE et des laboratoires universitaires dont les résultats ne sont pas bien sûr complètement vérifiables. Le traitement de la hausse des prix se fait par enquêtes forcément partielles qui sont présumées représenter l’ensemble de l’économie, il est impensable de collecter tous les mouvements d’étiquettes dans les magasins bien entendu, mais l’approximation n’enlève rien au caractère scientifique de la mesure ou alors il faut aussi douter des vitesses réelles des photons dont seulement une infime partie a été mesurée!

Par contre de nombreuses questions n’étant pas encore traitées scientifiquement, notamment le fonctionnement de la banque, la notion de financement, c’est ce déficit qui fait place à une multitude d’élucubrations et au vacarme dont rien ne ressort.

L’économie souffre plutôt d’une insuffisance de traitement scientifique, qu’il ne faut effectivement pas confondre avec la mathématisation d’hypothèses erronées, prétendre que tout n’y est que question d’opinion laisse le champ totalement ouvert aux groupes de pression qui s’efforcent de créer l’opinion dominante.

Est-ce à dire que scientifiquement il n’y aurait qu’une solution à la problématique économique? La simple équation du second degré en ayant déjà généralement deux c’est donc avec la connaissance scientifique des choses établies que les choix sociétaux doivent s’opérer et il n’y a bien entendu pas que deux choix possibles.

C’est tout l’enjeu de l’appropriation par les citoyens de la chose économique au travers d’une multitude de lieux de réflexion.

 

Jean-Pierre Beux.

 

48ème Café : L’ÉCONOMIE EST-ELLE UNE SCIENCE ?

48ème Café Economique

Jeudi 19 mars 2015 à 19h15

Moulin du Grand Poulguin

Quai Botrel à Pont-Aven

 

L’ÉCONOMIE EST-ELLE UNE SCIENCE ?

 

 

Un principe scientifique naît d’une hypothèse issue de l’observation et de l’imagination, si l’expérience la vérifie on lui décerne un label, ainsi se sont construites l’astronomie, la physique et toutes les sciences dites « dures ». On sait qu’affirmer que la terre tourne, a été une opinion pas facile à défendre et pourtant c’est vrai.

Un long débat a opposé les physiciens à propos de la nature de la lumière durant plusieurs siècles, les thèses différentes n’étaient alors que des opinions, il y aurait-il des espaces de la réflexion humaine, l’économie entre autres, qui ne pourraient pas dépasser le stade de l’opinion, ou serait-ce la complexité, qui pour l’instant, en masque les fondements ?

S’il est vrai qu’il ne suffit pas d’introduire des mathématiques en économie pour en faire une science on dispose cependant d’hypothèses, à profusion, et aussi de résultats expérimentaux.

Alors, les principes économiques sont-ils exclusivement guidés par les convictions sociétales de leurs promoteurs ou existe-t-il des acquis universels? Toutes les positions sont-elles d’égales valeurs ?

Ou, faute de s’appuyer sur les acquis scientifiques, n’est ce pas le plus fort en communication qui fait la pensée dominante ?

Pour le débat, prenons l’hypothèse que si l’économie n’est pas encore une science…elle infuse!

 

 

Agenda : Jacques Sapir au Café Eco le vendredi12 juin 2015, conférence-débat autour de l’Euro.

 

47ème Café : Vivre ensemble

47ème Café Economique

Jeudi 19 février 2015 à 19h15
Moulin du Grand Poulguin
Quai Botrel à Pont-Aven

Vivre ensemble

Après une approche économique au mois de décembre 2014 et à la demande des participants, le « vivre ensemble » sera abordé sous un angle social et philosophique.
Le sujet, bien entendu large, englobera la coexistence des générations avec la question des retraites et de l’éducation, mais aussi l’inévitable sujet de l’égalité des revenus et des fonctions entre les sexes. Mais on parlera aussi certainement du nord et du sud, des cultures, des nations, des gens et de la planète. Au plus proche de nous, la famille ne recèle t-elle pas de nombreuses images de la société ou vice et versa ?
Toutes choses, qui supposées résolues, rendraient inutiles les débats sur les classes sociales, la guerre et la paix.
L’actualité fera mesurer la distance qui sépare l’idéal de la réalité, le bruit des armes en Europe de l’Est, les crises sociales sévères en Europe du sud et le reste de la misère du monde. Sans désespérer…
On parlera du « vivre ensemble » parce que manifestement ça ne se passe pas très bien et on se demandera si il y a une obligation d’inégalité, la fin de l’histoire étant annoncée.

Agenda : Jacques Sapir au Café Eco le vendredi12 juin 2015, conférence-débat autour de l’Euro.

 

46ème Café: Gesticulations pour l’emploi

46ème Café Economique

Jeudi 15 janvier 2015 à 19h15

Moulin du Grand Poulguin
Quai Botrel à Pont-Aven

Gesticulations pour l’emploi

Chrystelle Anvroin fait partie d’une troupe liée à Réseau-Salariat (reseau-salariat.info) qui s’exprime en conférences gesticulées. Elle nous résume ainsi sa prestation :
« Je vais vous raconter mon expérience de 5 ans comme conseiller à l’emploi à l’ANPE je vais vous expliquer comment je suis arrivée à la conclusion que l’emploi est destructeur et la cause du chômage, j’ai fais la connaissance de réseau salariat et le salaire à vie m’est apparu comme une solution crédible pour sortir du capitalisme je vais vous la présenter et nous en débattrons ensemble. »

Chantal Le Guennec parlera du quotidien à Pôle-Emploi, comment reçoit-on et aiguille t-on les demandeurs d’emploi. Comment résout-on les incompatibilités entre offres et demandes. Quelle énergie faut-il déployer pour organiser l’accès à l’emploi et peut-être, pourquoi ça ne marche pas tout seul ?
Elle nous dévoilera aussi quelques chiffres locaux et nationaux sur les catégories de demandeurs d’emploi, leur nombre, les évolutions et quelques comparaisons.

De quoi débattre.
Avec nos meilleurs vœux et une pensée pour la liberté de parole.

Cette invitation peut être transférée à vos réseaux.
jeudi 18 décembre 2014 à 19h15.

Vivre ensemble, le pouvoir économique.

Présentation : Jean David

44 ème café : La valeur ajoutée ou comment ajoute t-on de la valeur aux choses.

44ème Café Eco

Jeudi 20 novembre 2014 à 19h15

Moulin du Grand Poulguin

Quai Théodore Botrel à Pont-Aven

Présentation : Jean-Marc Tanguy

La valeur ajoutée ou comment ajoute t-on de la valeur aux choses.

On connaît la taxe qui s’y colle avec ses taux de 5,5 à 20%, la TVA est l’impôt qui procure le plus de recettes à l’état, cet impôt touche tous les consommateurs sans distinction de revenu. Mais toute la valeur ajoutée n’est pas taxée et il ne s’agit pas que de fraude, certaines activités y échappent.

La valeur ajoutée n’est pas seulement l’objet d’une taxe, c’est l’évaluation de la production à tous les étages et par toutes les catégories professionnelles.

Les participants ne manqueront pas de s’interroger sur sa nature issue du travail et du capital.

L’entreprise est réputée être le lieu privilégié de sa création, elle permettrait les fameux prélèvements qui financent les autres activités de la société notamment les services publics de santé, d’enseignement et de sécurité.

Cependant la comptabilité nationale attribue aux services publics et parapublics, la création de valeur ajoutée.

La valeur ajoutée doit-elle être hiérarchisée, celle de l’entreprise privée est-elle le passage obligé pour la création de valeur ajoutée publique ?

Est-il nécessaire d’avoir produit des bijoux de grand luxe pour que l’école publique et l’armée soient financées ? Telle est la question.

Prochain Café Eco jeudi 18 décembre 2014 à 19h15.

Vivre ensemble, le pouvoir économique.

Présentation : Jean David

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